Si comme moi, lorsque l’on vous parle de “long supinateur”, “extenseur radial” ou encore “d'extenseur ulnaire du carpe” vous êtes à un millier de lieux de penser à “muscles de l’avant bras”.
Si en plus lorsque l’on vous demande à quoi ressemble ces muscles, la seule réponse que cela vous évoque est un long “eeeeuh…” Alors je crois que la structure interne du corps humain n’est pas notre tasse de thé!
Une fatalité pour ceux qui veulent apprendre à dessiner? Non!
Je vais vous montrer une astuce simple (un peu fausse mais qui marche) et quelques étapes d’observation bien précises pour apprendre à dessiner cette partie du corps sans être obligé de vous acheter le livre “anatomie humaine à l’usage des artistes”.
Voici la fameuse astuce :
La taille de la main est égale à celle de l’avant-bras (poignet-coude).
Très pratique à retenir et à appliquer! Un coup de crayon et une mesure et nous voilà en route vers des proportions harmonieuses.
Cependant vous le savez peut être déjà mais ce n’est pas vrai. L’avant-bras est plus long que la main. Vérifiez :)
Parce que c’était plus simple pour moi, j’ai fonctionné un moment avec ce rapport de proportion. Jusqu’à devenir un peu plus pointilleux et allonger un peu la taille des avant-bras que je dessinais.
Si je pense à ça c’est que j’ai lu dans le livre “Dessinez les personnages pour les nuls” que son auteur donnait la même mesure à la main qu’à l’avant-bras. Les dessinateurs seraient-ils des paresseux?
Tout ça pour dire que je suis adepte de ce genre de simplification! Quel niveau de connaissance anatomique faut-il pour savoir dessiner un modèle de manière réaliste? Étant donné que je reste sur un niveau très formel (je ne m’intéresse pas beaucoup à ce qui se passe sous la peau), il n’y a pas besoin d’en savoir énormément.
Voilà une illustration tirée du livre pour que vous constatiez par vous même. Pour Kensuke Okabayashi (auteur du livre), ils font la même taille. Même si ce n’est pas tout à fait vrai dans la réalité, c’est plus simple de s’en rappeler.
On va continuer dans la simplification et la schématisation (c’est là où je suis le plus à l’aise!) pour expliquer les lignes de contour de l’avant bras. En prolongeant celles-ci, on voit qu’elles convergent vers le poignet puis s’ouvrent au niveau de la paume (rappel la forme d’un éventail ou d’une spatule à hamburger).
Les étapes pour l’observation du modèle
Voyons un peu comment dessiner un demi-bras en prenant la main comme unité de mesure et sans connaître l’anatomie :)
Mon observation est fragmentée en 4 étapes:
Premièrement bien observer les lignes qui constituent les contours du modèle. Prendre conscience des subtiles ondulations tout le long du bras. Les lignes droites ça n’existe pas dans la nature, pensez toujours en courbe! Vos dessins seront plus naturels :)
Secondement, percevoir les espaces négatifs. Pour certaines personnes habituées à activer leur cerveau droit, la perception des contours est plus facile lorsque l’on envisage les “vides” comme des volumes. Ici ça aide surtout pour déterminer les dimensions des espaces entre les doigts.
Troisièmement, noter les zones d’ombres et de lumière. On ne s’occupe pas trop de savoir d’où vient la lumière avant d’avoir noté tous ses impacts sur notre modèle. En orange je vous ai mis les zones éclairées et en mauve les parties ombrées (avec en plus l’ombre portée). Cette étape ne sert pas qu’à déterminer la source de la lumière mais aussi prépare à la suivante qui est celle de la perception des volumes.
Quatrièmement, la perception des volumes! Ici on découpe le bras en module qui servent à donner une idée de la tridimensionnalité du modèle. Où sont les creux? Y-a-t-il des vallonnements? Carrément! La paume est fait d'une série de bosses subtiles qu’une observation trop hâtive ne saurait déceler ;)
Et et et… Cinquièmement! Les relations!
On va utiliser une technique qui m’est chère ainsi qu’à Betty Edward, c’est-à-dire que vous allez mettre en évidence les relations entres les différentes parties de la main en ajoutant une série d’axes.
J’ai volontairement mis cette étape en dernier parce que pour moi elle fait la charnière entre l’observation et les premières lignes posées sur le papier. En gros, je vais d’abord noter mentalement les relations (les traits oranges au cas où vous ne les auriez pas vu ;)) entre toutes ces parties et les représenter sur ma feuille de dessin.
Ok on peut dessiner mais si l’avant bras est en perspective?
Evidemment si comme sur le modèle le bras est en légère perspective, l’avant-bras qui se trouve au premier plan sera un peu plus long. La main paraitra un peu plus petite à cause de sa distance. Mais enfin il est possible de se débrouiller même si on n’y connait rien en proportion.
Mesurez les rapports entre les parties de la main avec les axes (les phalanges des doigts et tout) et définissez la paume de manière très schématique.
Pour l’alignement des phalanges c’est un peu délicat puisque vous devrez tracer des courbes et non des lignes droites. La précision de ces lignes dépendra de votre acuité visuelle.
Pour les contours de l’avant-bras, j’ai placé deux lignes droites qui convergent légèrement vers le poignet (comme pour le schéma du dessus).
N’oubliez pas de mesurer l’avant-bras en prenant comme unité la longueur de la main (bout du majeur jusqu’au poignet). Sur mon dessin je suis arrivé à 1 main et demi (poignet jusqu’au coude).
Une fois la structure bien mise en place on peut y tracer le contour de la main à l’intérieur. Notez que la paume forme une léger creux et un vallonnement à la base du pouce que je suggère avec quelques lignes de surfaces. Notez aussi le petit raccourci entre la base et la première phalange du pouce.
Maintenant on va ajouter les ombres et en profiter pour mettre en volume le bras (qui il faut l’avouer semble un peu plat sur la photo). Donc là aussi une succession de lignes de surfaces qui épousent le galbe du bras (imaginez que vous dessinez sur un cylindre).
Pour les tendons sous le poignet c’est un peu spécial, il faut pouvoir les suggérer sans trop alourdir les traits. Pour ça, faites des hachures entre les deux mais ne détourez pas les tendons. Les contours doivent apparaitre grâce à la juxtaposition de la trame (voyez la dernière vignette de ce tuto).
Au niveau de la paume, raisonnez en pensant à un quadrilatère en forme de trapèze auquel vous ajoutez un triangle pour la base du pouce.
Vous voyez aussi le détail de la paume qui se creuse par une succession de lignes de surfaces qui se courbent dans un sens puis dans l’autre. Le volume est assez subtil à rendre, insistez sur la naissance des bosses mais en limitant le nombre de vos traits sous peine d’alourdir le dessin.
Ensuite on ajoute les ombres sur les doigts en suivant la forme cylindrique des phalanges (au passage j’ai retravaillé le pouce).
Étape un peu plus simple, vous allez donner un peu de peps aux ombres avec un crayon 4B. Le but est juste d’ajouter quelques tonalités de gris très sombre pour bien faire ressortir les formes et non pas de repasser sur tous les traits. Ici par exemple j’ai plus insisté sur les ombres du contour gauche de l’avant-bras puisque la lumière vient de la droite.
Voilà quelques uns des détails sur lesquels j’ai porté mon attention pendant le dessin.
Les raccourcis des phalanges des doigts doivent donner l’impression d’une forme cylindrique repliée.
Vous pouvez voir le raccourci à la base du pouce (dont je vous ai parlé un peu plus haut dans l’article).
Sur le tranchant de la main (ça me rappel les entrainements de karate une main dans cette position) le contour est irrégulier et son galbe est suggéré par quelques courbes courtes. Le fait d’arrêter les lignes à mi-chemin du contour donne l’impression d’un impact de lumière (ça tombe bien, l’éclairage se trouve sur cette zone :))
Alors toujours complexé de ne pas être un spécialiste de l’anatomie? ;)
crédits FlickR : Cayusa, qwghlm
Sources : OKABAYASHI Kensuke, Dessiner des personnages pour les nuls, Paris, First edition, 2010
EDWARDS Betty, Dessiner grâce au cerveau droit, Sprimont, Mardaga, 2004
Tags
anatomie, avant-bras, crayo, dessin, main, pas-à-pas